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Santé : la confiance et le prix, freins à l’adoption des objets connectés chez les générations Y et Z

Santé : la confiance et le prix, freins à l’adoption des objets connectés chez les générations Y et Z
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La taille du marché de l’utilisation de l’IdO dans les soins de santé devrait passer de 55,5 milliards de dollars en 2019 à 188 milliards de dollars d’ici 2024.
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L’Internet des objets (IdO) est un paradigme technologique disruptif moderne qui consiste à connecter des appareils et des personnes de manière intelligente à tout moment et en tout lieu. Par exemple, il peut s’agir de matériel médical (imagerie, machine à rayons X, etc.) ou de maison connectée.

Selon une étude, le marché mondial de l’IdO était estimé à 190 milliards de dollars en 2018 et devrait atteindre 1 102,6 milliards de dollars d’ici 2026. Le développement de l’IdO devrait générer une valeur économique élevée, améliorer l’efficacité des processus de fonctionnement des entreprises et profiter à la vie personnelle et professionnelle de ses utilisateurs finaux.

Nous avons constaté que ce nouveau modèle d’interaction entre l’homme et la technologie fait l’objet de peu de recherches, notamment en ce qui concerne les soins de santé en ligne alors que ces derniers sont considérés comme un secteur vedette pour l’adoption de l’IdO ! La taille du marché de l’utilisation de l’IdO dans les soins de santé devrait passer de 55,5 milliards de dollars en 2019 à 188 milliards de dollars d’ici 2024.

Dans notre dernier article de recherche, nous nous concentrons sur l’étude de l’adoption de l’IdO dans les soins de santé en ligne du point de vue du client. Nous avons démontré que les principaux obstacles à l’adoption de l’IdO dans les soins de santé en ligne sont le coût financier perçu et la confiance.

Des différences d’usage selon l’âge

En outre, l’adoption de l’IdO dans divers groupes d’âge s’est avérée différente. Nous avons identifié deux groupes distincts de consommateurs et les avons nommés « natifs de l’IdO » (personnes de moins de 40 ans) et « immigrants de l’IdO » (personnes de plus de 40 ans).

La population cible est essentiellement constituée d’hommes et de femmes français âgés de seize à soixante-cinq ans. Le questionnaire a reçu 268 réponses, dont 60 ont indiqué qu’elles n’utilisaient pas de dispositifs basés sur l’IdO (portables, dispositifs médicaux, etc.) et ont donc été retirées de l’échantillon. L’échantillon est représenté par plus de 50 % de jeunes entre seize et vingt ans et 23 % entre vingt et trente ans.

Les natifs de l’IdO possèdent pour la majorité au moins un objet connecté, le smartphone.
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Les résultats montrent que les deux groupes diffèrent significativement dans les contributions de l’influence sociale et des conditions facilitantes à leurs intentions comportementales. Ces contributions sont prédominantes pour les immigrants de l’IdO et non pour les natifs de l’IdO.

Cela signifie que les immigrants de l’IdO se concentrent essentiellement sur l’effort perçu et l’utilité perçue pour définir leurs intentions d’usage alors que, pour les natifs de l’IdO, l’influence sociale et les conditions facilitatrices jouent un rôle aussi important que les facteurs précédents dans leur prise de décision. Ce résultat révèle que les natifs de l’IdO ont tendance à se comporter de manière opposée à ce que leur environnement social recommande.

Conformément aux résultats empiriques, plusieurs implications pratiques peuvent être proposées. C’est pourquoi les responsables du marketing et des politiques doivent mieux comprendre les freins et les facteurs qui favorisent l’adoption de l’IdO dans le secteur médical. À ce dessein, cet article apporte des clarifications pertinentes soutenues par des résultats de terrain.

Des appareils adaptés à chaque groupe

L’usage des appareils connectés dans un contexte médical doit tenir compte des différences individuelles et des profils des consommateurs : de ceux considérés comme des natifs de l’IdO et/ou d’immigrants de l’IdO. Compte tenu de ces deux profils d’adoptants de l’IdO de santé, les designers et les praticiens doivent adapter leurs dispositifs médicaux.

Pour les natifs de l’IdO, les designers doivent proposer des appareils connectés attractifs notamment pour leurs prix. Ils doivent également garantir les performances des appareils connectés et réduire l’effort requis à leur utilisation. En ce qui concerne les immigrants de l’IdO, la promotion via des prescripteurs et des experts (médecins, infirmiers, pharmaciens, etc.) parait être la stratégie la plus appropriée pour la diffusion de l’IdO de santé auprès de ces usagers.

Comme ces consommateurs ne sont pas familiers avec les appareils connectés, leur acceptation sera influencée par leurs amis, les membres de leur famille, etc. Outre cela, ils ont besoin d’informations supplémentaires sur la manière de manipuler ces appareils. Une stratégie de customer-education_ sera la plus bénéfique à ce stade.

Par ailleurs, certains facteurs peuvent freiner l’adoption de ces technologies disruptives auprès des immigrants de l’IdO pour la santé. Ceux-ci sont sensibles au risque perçu pour la santé. Ils craignent que ces dispositifs ne soient pas en mesure de respecter leur vie privée et leurs informations personnelles.

Cependant, leur décision d’adopter ces technologies n’est pas conditionnée par le coût financier. Les immigrants de l’IdO sont prêts à payer cher pour utiliser des objets connectés du moment qu’ils les considèrent comme sûrs et sécurisés.

L’adoption de l’Internet des objets pour la santé par la génération Z et les générations X et Y introduira potentiellement un changement social significatif. Alors que la majorité des gens commencent à utiliser des appareils connectés pour suivre leur état de santé, l’administration publique dans le secteur médical peut gagner en efficacité en fournissant des services de soins adaptés aux citoyens qui utilisent déjà l’IdO pour le monitoring (suivi) de leur état de santé.

The Conversation

Les auteurs ne travaillent pas, ne conseillent pas, ne possèdent pas de parts, ne reçoivent pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'ont déclaré aucune autre affiliation que leur organisme de recherche.



Tatiana Khvatova, innovation management, EM Lyon

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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